
Émotions refoulées : comprendre les blocages émotionnels et s’en libérer ?
Combien de fois vous êtes-vous senti bloqué, tétanisé ou incapable de réagir face à une situation ? Difficulté à penser clairement, confusion, envie de fuir ou, au contraire, impossibilité de bouger… Ces réactions peuvent parfois traduire une difficulté à accueillir une émotion et à laisser le corps traverser ce qu’il est en train de vivre.
Une émotion n’est pas simplement une pensée ou un sentiment. C’est aussi une réaction neurobiologique qui mobilise l’ensemble du corps. Elle modifie notre rythme cardiaque, notre respiration, notre niveau d’énergie, notre attention et notre comportement.
Comprendre ce qui se passe dans notre corps permet ainsi de mieux comprendre pourquoi certaines émotions peuvent nous sembler difficiles, voire impossibles, à vivre.
Que se passe-t-il dans le corps lorsque nous vivons une émotion ?
Lorsqu’une situation est perçue comme importante ou menaçante, certaines structures cérébrales, notamment l’amygdale, participent à l’évaluation rapide du danger. Elle communique notamment avec l’hypothalamus, qui coordonne différentes réponses de l’organisme.
Le système nerveux autonome peut alors activer une réponse de mobilisation : le rythme cardiaque augmente, la respiration se modifie, l’attention se focalise et l’organisme libère notamment de l’adrénaline. Le cortisol intervient également dans la réponse au stress et contribue à rendre de l’énergie disponible pour faire face à la situation.
Autrement dit, une émotion est aussi un événement physiologique. Le corps se prépare à agir : fuir, se défendre, s’adapter, se rapprocher, se retirer ou simplement faire face.
Chaque émotion peut s’accompagner d’un ensemble de sensations corporelles particulier. La peur peut provoquer des palpitations, des tremblements ou une accélération de la respiration. La tristesse peut s’accompagner de fatigue, de ralentissement ou d’un besoin de retrait. La colère peut mobiliser fortement l’énergie et augmenter la tension musculaire.
Ces réactions ne sont pas des anomalies : elles font partie des mécanismes normaux d’adaptation de l’organisme.
Pourquoi certaines émotions deviennent-elles difficiles à vivre ?
Nous n’apprenons pas tous à accueillir nos émotions de la même manière.
Une personne qui a grandi dans un environnement où la colère était interdite peut avoir appris à la réprimer automatiquement. Une autre, ayant vécu des situations où elle devait constamment rester forte et agir, peut avoir beaucoup de difficultés à tolérer la tristesse, le ralentissement ou le sentiment d’impuissance.
Avec le temps, certaines émotions peuvent donc être évitées, inhibées ou déconnectées des sensations corporelles qui les accompagnent.
Ce que l’on appelle couramment un « blocage émotionnel » peut ainsi correspondre, dans certains cas, à une difficulté à reconnaître ce que l’on ressent. Et à tolérer les sensations corporelles associées ou à leur donner une réponse adaptée.
Ce n’est pas nécessairement l’émotion elle-même qui est insupportable. Cela peut être ce que le corps fait lorsque cette émotion apparaît.
Par exemple, une personne qui ressent une forte accélération du cœur peut interpréter immédiatement cette sensation comme dangereuse. Elle peut alors avoir peur d’avoir peur, chercher à contrôler ce qui se passe. Cela va faire rentrer dans un cercle d’anticipation et d’anxiété.
Le cerveau apprend alors progressivement à être très vigilant face à certaines sensations ou situations.
Quand l’émotion n’est pas traversée
Lorsqu’une émotion apparaît, notre tendance peut être de chercher immédiatement à la comprendre, à la contrôler ou à la faire disparaître.
Nous analysons :
- « Pourquoi est-ce que je ressens ça ? »
- « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »
- « Comment faire pour que ça s’arrête ? »
- « Que va-t-il se passer ensuite ? »
L’analyse peut être utile, mais elle ne remplace pas toujours l’expérience directe de l’émotion.
Traverser une émotion, c’est aussi permettre au corps de ressentir ce qui se passe sans chercher immédiatement à le supprimer.
Cela peut signifier remarquer son cœur qui bat plus vite, une tension dans la poitrine, des frissons, une boule dans la gorge, une chaleur, des tremblements ou une envie de pleurer.
L’objectif n’est pas de se laisser submerger, mais de développer progressivement la capacité à rester en contact avec ses sensations dans un contexte suffisamment sécurisant.
Le rôle du système nerveux
Lorsque nous sommes régulièrement exposés au stress ou à des expériences vécues comme menaçantes, le système nerveux peut devenir plus sensible aux signaux de danger.
Une personne qui a souvent été rabaissée ou humiliée peut, par exemple, devenir particulièrement attentive aux signes de jugement ou de rejet. Une remarque anodine pour quelqu’un d’autre peut alors déclencher une réaction beaucoup plus intense.
Le corps ne réagit pas uniquement à la situation présente : il peut également réagir à ce qu’elle lui rappelle.
Dans certaines situations traumatiques, les mécanismes de stress peuvent rester durablement perturbés et la réponse de l’organisme peut devenir plus facilement réactivable. Cela peut contribuer à des réactions de vigilance, d’évitement, de figement ou de dissociation.
Il est toutefois important de ne pas attribuer automatiquement chaque symptôme physique ou psychologique à une émotion refoulée. Fatigue, troubles du sommeil, douleurs, troubles digestifs ou anxiété peuvent avoir de nombreuses causes et méritent, si nécessaire, une évaluation médicale ou psychologique.
Comment savoir si je retiens mes émotions ?
Certains signes peuvent inviter à s’interroger :
- vous analysez constamment ce que vous vivez sans réellement sentir ce qui se passe dans votre corps ;
- vous anticipez beaucoup et avez du mal à lâcher le contrôle ;
- certaines conversations ou situations sont systématiquement évitées ;
- vous avez du mal à identifier vos besoins ou vos émotions ;
- vous ressentez une tension corporelle persistante ;
- vous avez l’impression d’être souvent « dans votre tête » ;
- vous passez rapidement du contrôle au débordement ;
- vous vous sentez parfois coupé de vos émotions ou de votre corps.
Ces signes ne constituent pas un diagnostic. Ils peuvent simplement être des invitations à porter davantage attention à son expérience intérieure.
Comment sortir d’un blocage émotionnel ?
La première étape consiste à ralentir et observer, plutôt qu’à chercher immédiatement une explication.
Vous pouvez vous demander :
Qu’est-ce que je ressens maintenant ?
Où est-ce que je le ressens dans mon corps ?
Qu’est-ce qui se passe dans ma respiration, mon rythme cardiaque, mes muscles ?
De quoi mon corps aurait-il besoin pour se sentir suffisamment en sécurité ?
Il peut être utile de mettre des mots simples sur l’expérience : « j’ai peur », « je suis triste », « je suis en colère », « je me sens tendu », sans chercher à juger ou à supprimer ce qui est présent.
La respiration consciente, la marche, l’écriture, les pratiques corporelles, la méditation ou les activités créatives peuvent également favoriser une meilleure connexion aux sensations et aux émotions.
Lorsque des expériences traumatiques, une dissociation importante ou une souffrance persistante sont présentes, un accompagnement par un professionnel de santé mentale peut offrir un cadre sécurisant pour avancer.
Accueillir plutôt que supprimer
Une émotion n’a pas forcément besoin d’être combattue. Elle peut être considérée comme une information : elle nous renseigne sur ce qui se passe en nous, sur nos besoins, nos limites ou ce qui compte pour nous.
Se libérer d’un blocage émotionnel ne signifie donc pas ne plus ressentir de peur, de colère ou de tristesse.
Cela signifie progressivement développer la capacité à reconnaître l’émotion, sentir ses manifestations corporelles, lui donner du sens et retrouver la possibilité de choisir sa réponse.
L’enjeu n’est pas de contrôler toutes nos émotions, mais de pouvoir les traverser sans qu’elles prennent entièrement le contrôle de notre vie.
Pour d’autres contenus interactifs vous pouvez me trouver sur les réseaux sociaux : Instagram
Pour en savoir plus sur le système nerveux je vous renvoi sur cet article de blog qui est très complémentaire du précédent : https://quentinmaudoux.fr/role-systeme-nerveux/